À l’arrivée en Nouvelle-Zélande, la déclaration que remplit chaque voyageur pose une question qui surprend souvent les Européens : transportez-vous des chaussures de randonnée ou du matériel de plein air ? Ceux qui répondent oui voient parfois leurs semelles inspectées, voire nettoyées, avant de quitter l’aéroport. Oublier de déclarer un article à risque expose à une amende sur-le-champ. Le pays protège ses milieux naturels dès la descente d’avion, et il attend du visiteur un peu plus que de la bonne volonté.
Le vol pèse plus lourd que tout le reste du voyage
Autant commencer par ce qui fâche. Pour un voyageur parti d’Europe, l’aller-retour vers les antipodes représente l’essentiel de l’empreinte carbone du séjour, loin devant tout ce qu’il fera sur place. Aucun geste local ne compense ces deux longs-courriers, et il serait malhonnête de présenter un tel voyage comme écologique. La seule réponse cohérente tient dans la durée : quitte à traverser la planète, mieux vaut rester trois semaines que dix jours, et parcourir le pays par la route plutôt qu’en enchaînant les vols intérieurs.
C’est l’argument des circuits longs qui relient les deux îles par la route et le ferry. Le voyage présenté sur westforever.com en donne un exemple : trois semaines en Harley-Davidson d’Auckland à Christchurch, près de 3 700 kilomètres, avec la traversée du détroit de Cook en bateau. Une moto consomme moins qu’un camping-car, et un groupe qui fait étape à l’hôtel et dépense son argent à Hokitika, Kaikoura ou Oamaru fait vivre des villes que le tourisme pressé se contente de traverser.
Ce que la biosécurité attend de vous, de l’aéroport aux sentiers
Isolées pendant des dizaines de millions d’années, les îles néo-zélandaises ont développé une faune et une flore qui ignoraient la plupart des prédateurs et des maladies présents ailleurs : hormis les chauves-souris, aucun mammifère terrestre n’y vivait avant l’arrivée de l’homme. Une graine prise dans un lacet, une spore dans la boue d’une semelle suffisent à introduire un problème durable. D’où la rigueur des contrôles à l’arrivée, et les stations de nettoyage installées à l’entrée de nombreux sentiers.
Les plus visibles protègent le kauri, conifère géant du nord du pays menacé par une maladie qui se transmet par la terre. Dans la péninsule de Coromandel comme autour d’Auckland, on brosse ses chaussures et on les désinfecte avant et après la marche, et plusieurs sentiers ont été fermés, parfois pendant des années, pour laisser les arbres tranquilles. Contourner la station pour gagner deux minutes, c’est exactement ainsi que la maladie passe d’une forêt à l’autre.
Dans les zones géothermiques, les passerelles ne sont pas décoratives
Autour de Rotorua et à Wai-o-Tapu, sur la route du Tongariro, sentiers et passerelles en bois suivent des tracés étudiés. En dehors, la croûte qui recouvre l’eau et la boue brûlantes peut être très mince, et les accidents graves n’y relèvent pas de la légende. Les concrétions minérales qui bordent les sources, et les colonies de micro-organismes qui prospèrent dans ces eaux, mettent des années à se former et s’abîment en quelques pas.
L’histoire locale rappelle la fragilité de ces paysages. Les terrasses roses et blanches du lac Rotomahana, qui attiraient déjà des voyageurs du monde entier au XIXe siècle, ont disparu lors de l’éruption du mont Tarawera en 1886. Ce qui subsiste aujourd’hui, à Wai-o-Tapu ou dans la vallée de Whakarewarewa, se regarde depuis les passerelles, sans rien y jeter ni toucher l’eau.
Le Tongariro, un parc national qui est aussi une montagne sacrée
Le parc national de Tongariro, le plus ancien du pays, trouve son origine dans un don fait en 1887 par le chef Te Heuheu Tūkino IV, de l’iwi Ngāti Tūwharetoa, qui confia les sommets sacrés à la Couronne pour les mettre à l’abri du morcellement. L’Unesco l’a inscrit au patrimoine mondial pour ses volcans, puis, en 1993, pour sa valeur culturelle : il a été le premier site distingué au titre de paysage culturel.
Les iwi de la région, relayés par le Department of Conservation, demandent aux randonneurs de renoncer aux sommets du Tongariro et du Ngauruhoe. Pour beaucoup de Maoris, ces montagnes sont des ancêtres, et monter tout en haut revient à se tenir debout sur leur tête. La Tongariro Alpine Crossing, qui passe entre les deux volcans sur près de vingt kilomètres, suffit amplement à remplir la journée.
Faut-il survoler les glaciers de la côte ouest ?
Le glacier Franz Josef pose un autre dilemme. Il a fortement reculé au cours des dernières décennies, au point que les randonnées guidées qui partaient autrefois de la vallée pour gagner la glace ont cessé : on ne pose plus le pied sur le glacier qu’après un vol en hélicoptère. Des sentiers mènent encore à pied vers des points de vue sur la langue glaciaire, parfois fermés après des intempéries, et la distance qui sépare désormais le promeneur de la glace dit tout du recul.
Le survol montre le glacier en entier, mais il a un coût en carburant et en bruit, dans une vallée où les rotations se succèdent par beau temps. Choisir la marche, ou s’en tenir à un seul vol plutôt que de multiplier les excursions aériennes au fil du voyage, reste un compromis raisonnable.
À vingt mètres, une otarie se photographie très bien
Sur la côte de Kaikoura, les otaries à fourrure dorment parfois à quelques mètres du bitume. Le Department of Conservation recommande de rester à au moins vingt mètres et de ne jamais se placer entre l’animal et la mer. En montagne, le kea, un perroquet curieux qui vient volontiers inspecter motos et voitures sur les parkings, ne doit pas être nourri : la nourriture humaine lui nuit.
Le bon réflexe, face à un animal au bord de la route, consiste à se garer plus loin qu’on ne l’aurait voulu, à couper le moteur et à sortir le téléobjectif plutôt que de s’approcher.
