Ozone et sorties nature : pourquoi la campagne n’est pas épargnée

Ozone et sorties nature : pourquoi la campagne n’est pas épargnée

Un après-midi de juillet, 32 °C, pas un nuage : une famille quitte la ville pour « respirer » sur les hauteurs, persuadée de laisser la pollution derrière elle. C’est parfois l’inverse qui se produit. L’ozone, le polluant des journées chaudes et ensoleillées, atteint souvent ses niveaux les plus élevés loin des grands axes, dans les campagnes et sur les reliefs situés sous le vent des agglomérations.

Un polluant qui se fabrique en chemin

L’ozone de basse altitude ne sort d’aucun pot d’échappement ni d’aucune cheminée. C’est un polluant secondaire : il se forme dans l’air, sous l’effet du rayonnement solaire, à partir d’autres gaz. Les principaux sont les oxydes d’azote émis par le trafic et l’industrie, et les composés organiques volatils, qui proviennent des carburants et des solvants, mais aussi de la végétation elle-même. Par une journée chaude, une chênaie émet ainsi de l’isoprène en quantité. La réaction demande de la lumière et du temps. Pendant que la masse d’air dérive, l’ozone s’accumule, parfois à des dizaines de kilomètres de l’endroit où ses précurseurs ont été rejetés.

Rien à voir avec la couche d’ozone de la stratosphère, qui filtre les ultraviolets. C’est la même molécule, mais à hauteur de nez elle ne protège de rien : elle irrite.

Pourquoi l’air des collines peut être plus chargé que celui du centre-ville

En ville, le monoxyde d’azote rejeté par les moteurs détruit une partie de l’ozone à mesure qu’il se forme. À la campagne, faute de trafic dense, ce mécanisme ne joue presque plus. Un village perché ou un sentier de crête peut donc afficher, le même jour, des concentrations supérieures à celles d’une rue commerçante. C’est pour cette raison que les stations de mesure installées en zone rurale relèvent, en moyenne sur l’année, davantage d’ozone que les stations urbaines, alors que c’est l’inverse pour le dioxyde d’azote.

L’altitude ajoute un effet. En plaine, l’ozone redescend pendant la nuit ; sur les plateaux et les sommets, la baisse nocturne est souvent plus faible. Pendant une vague de chaleur, les concentrations y restent donc élevées plusieurs jours d’affilée. Les épisodes les plus marqués surviennent par temps anticyclonique, de la fin du printemps à la fin de l’été, avec un maximum l’après-midi.

Ce que l’ozone fait aux poumons, et aux cultures

Gaz oxydant, l’ozone irrite les voies respiratoires et les yeux : toux, gêne pour inspirer profondément, sensation d’oppression chez certaines personnes. L’effort aggrave l’exposition, puisqu’on respire plus vite et plus profondément en montée qu’au repos. Les enfants, les personnes asthmatiques ou atteintes d’une maladie respiratoire, et les sportifs qui s’entraînent dehors sont les plus concernés. En cas de symptômes ou de traitement en cours, c’est au médecin de dire quelles précautions adopter.

La végétation en pâtit aussi. L’ozone pénètre dans les feuilles par leurs pores, abîme les tissus et freine la photosynthèse ; des pertes de rendement sont documentées pour plusieurs cultures sensibles, dont le blé.

Faut-il annuler sa randonnée un jour d’épisode ?

Rarement, à condition d’adapter l’horaire et l’intensité. Les seuils réglementaires donnent un repère : une procédure d’information et de recommandation est déclenchée quand la moyenne horaire dépasse, ou risque de dépasser, 180 µg/m³, et une procédure d’alerte à partir de 240 µg/m³. Les recommandations qui accompagnent ces procédures portent d’abord sur les efforts physiques intenses en plein air. Au niveau d’information, elles s’adressent surtout aux personnes vulnérables ou sensibles ; au niveau d’alerte, elles invitent l’ensemble de la population à lever le pied.

Concrètement, une randonnée partie à 7 heures et terminée avant midi expose bien moins qu’une sortie lancée à 14 heures. L’après-midi, mieux vaut une balade à plat qu’une montée raide en plein soleil, et le vélo à allure tranquille plutôt que la séance de fractionné. Pour les enfants, le principe est le même : la course d’orientation ou la grande balade se programment le matin, la baignade ou la lecture à l’ombre l’après-midi.

Encore faut-il connaître la situation du jour. L’indice national de la qualité de l’air, publié quotidiennement par les associations agréées de surveillance, compte six classes, de « bon » à « extrêmement mauvais », et intègre les particules fines PM2,5 depuis 2021. Avant une sortie dans le massif du Jura ou les Vosges saônoises, le magazine régional https://www.atmo-franche-comte.org/ réunit des idées d’escapades et une page de repères sur la qualité de l’air ; pour les mesures, les prévisions et les alertes en cours, la source de référence reste l’association agréée de surveillance de Bourgogne-Franche-Comté.

Pendant une vague de chaleur, regardez aussi la prévision du lendemain, pas seulement celle du jour : tant que le soleil et l’absence de vent persistent, l’ozone a tendance à s’accumuler d’une journée à l’autre. Si votre sortie peut bouger, avancez-la plutôt que de la repousser.