Les cours parisiennes à l’épreuve du bourdonnement des pompes à chaleur

Les cours parisiennes à l'épreuve du bourdonnement des pompes à chaleur

Au fond d’une cour parisienne, une nuit de juillet, on n’entend presque rien : un robinet, une conversation étouffée derrière une fenêtre, parfois un scooter au loin, assourdi par l’épaisseur des bâtiments. C’est souvent l’endroit le plus calme de l’immeuble, et c’est pour cela que l’on y dort. Ce calme devient un sujet à mesure que les immeubles cherchent à se chauffer, et parfois à se rafraîchir, autrement qu’au gaz ou au fioul.

Le bruit de la ville change d’adresse

Longtemps, le bruit urbain a été celui de la rue : la circulation, les livraisons, les terrasses. La cour faisait figure de refuge. Avec les pompes à chaleur, une partie des nouvelles sources sonores s’installe là où la ville se taisait. Pour des raisons d’aspect et de place, on cherche souvent à loger les unités extérieures en toiture ou côté cour, loin de la façade sur rue.

Ces machines ne sont pas des monstres. Leur mauvaise réputation tient beaucoup à d’anciennes générations d’appareils et à des installations individuelles mal conçues. Leur bruit a toutefois une signature à part, régulière et durable, avec une composante grave venue du compresseur et du ventilateur. Une moto passe ; une pompe à chaleur reste. La réglementation le reconnaît d’ailleurs : elle accorde aux bruits brefs une tolérance qu’elle refuse presque entièrement à ceux qui durent des heures.

Pourquoi une cour amplifie ce qu’on y installe

Une cour fermée se comporte comme une boîte. Ses parois se renvoient le son et créent une réverbération qui accentue le niveau, comme l’explique la Fédération française du bâtiment. Une machine posée contre un mur y gagne environ 3 dB, environ 6 dB dans un angle. La nuit, le bruit résiduel, celui qui existe sans la machine, baisse encore. L’appareil, lui, conserve son régime et ressort d’autant plus.

Les graves compliquent l’affaire. Les basses fréquences traversent mieux les parois que les aigus, si bien qu’un ronronnement peut rester audible fenêtres fermées. Le Code de la santé publique le prévoit : pour une mesure réalisée dans un logement, il limite aussi l’émergence dans les bandes de fréquences graves, à 7 dB pour celles centrées sur 125 et 250 Hz.

Fabricants, acousticiens et AFPAC (Association française pour les pompes à chaleur) se sont donné une référence de conception : la machine ne doit pas relever le bruit existant de plus de 5 dB(A) le jour, ni de plus de 3 dB(A) la nuit. Ces 3 dB(A) ont un sens très concret. Deux sources de même niveau produisent 3 dB de plus qu’une seule ; la règle de nuit revient donc à demander qu’à la fenêtre, la machine ne pèse pas plus lourd que tout le reste de la cour réuni. Dans une cour silencieuse, l’exigence est forte.

Rien de tout cela n’empêche d’équiper un immeuble ancien d’une pompe à chaleur collective. Cela oblige à traiter l’acoustique comme une donnée du projet dès l’étude de faisabilité, et non comme un réglage après coup. C’est ce que montre Pari Froid Solutions dans cette analyse sur le bruit des PAC collectives, qui détaille comment la place de la machine, la forme du bâtiment et le rythme des saisons modulent ce que perçoivent les voisins.

Le silence d’une cour se partage

On parle beaucoup de la qualité de l’air en ville, beaucoup moins de la qualité du calme. Dans un quartier dense, la nuit silencieuse d’une cour est pourtant une ressource commune, au même titre qu’un arbre planté au milieu des pavés.

Prenons une cour fermée sur laquelle donnent les chambres de deux immeubles. Une unité glissée dans un angle, au rez-de-chaussée, pour qu’on ne la voie pas, cumule les handicaps : l’angle renvoie le son et les parois le prolongent. Montée en toiture, loin des fenêtres, refoulement orienté à l’écart des façades, la même machine sort en bonne partie du paysage sonore de la cour.

Les moyens de préserver ce calme sont connus : choisir l’emplacement en fonction des fenêtres derrière lesquelles on dort, orienter le refoulement d’air loin des façades, poser les machines sur des plots antivibratiles, prévoir un écran acoustique, adapter le fonctionnement nocturne. Aucun n’a rien de spectaculaire, et tous supposent d’y penser avant les travaux.

Si vous habitez sur cour et qu’un projet de pompe à chaleur se dessine dans votre immeuble, signalez au conseil syndical les pièces où vous dormez. Les plans ne le disent pas toujours, et c’est le genre d’information qui peut décider de l’emplacement d’une machine.